Venez quand même !
Alors le Christ dira : "Venez vous aussi ! Venez les ivrognes ! Venez les faibles ! Venez les débauchés !" Et il dira : "Êtres vils, vous êtes à l'image de la bête et vous portez son empreinte. Venez quand même, vous aussi !"
Et les sages diront, et les prudents diront : "Seigneur pourquoi les accueilles-tu ?" Et il dira : "Si je les accueille, vous les sages, si je les accueille, vous les prudents, c'est parce qu'aucun d'eux ne s'en est jamais jugé digne". Et il nous tendra les bras, et nous tomberons à ses pieds, et alors nous éclaterons en sanglots, et nous comprendrons tout, oui, nous comprendrons tout".
Dostoïevski.
Puisqu'il s'occupe de vous
Parmi les textes que nous entendrons pour la fête de Saint-Marc ce vendredi :

Demeurez en mon amour
Dans l'Evangile de ce jeudi, Jésus nous dit :
Comme le Père m'a aimé,
moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez en mon amour.
Si vous gardez mes commandements,
vous demeurerez en mon amour,
comme moi j'ai gardé les commandements
de mon Père
et je demeure en son amour.
Je vous dis cela
pour que ma joie soit en vous
et que votre joie soit complète.
(Jean 15, 9-11)
Découvrez le tendre amour de Dieu
Découvrez le tendre amour de Dieu. Découvrez les richesses du tendre amour de Dieu pour vous. Dieu nous a créés à Son image et Sa ressemblance, nous rendant capables de Le connaître, L'aimer et Le servir dans ce monde, afin que nous soyons heureux avec Lui à jamais dans la vie à venir. Voilà le vrai dessein de la vie. Pour vivre nos vies dans ce but, nos vies doivent être tissées de prière. Elles doivent être tissées avec le Christ.
Dieu a soif de votre soif de Lui. Cherchez de tout coeur à aimer Dieu et soyez impatients de Le trouver. Ainsi vous étanchez la soif de Dieu qui a soif de votre soif de Lui. Jésus, Dieu fait homme, est venu nous révéler Dieu. Ecoutez avec ferveur, avec une foi profonde, ses enseignements et efforcez-vous de faire ce qu'Il dit. Car Jésus nous dit : "Si vous M'aimez, vous garderez Mes commandements, et Mon Père vous aimera et Nous viendrons et habiterons en vous". Jésus nous dit aussi : "Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés. Comme le Père M'a aimé, Je vous aime".
Et pour être sûr que nous nous souvenions de Son grand amour, Il s'est fait Lui-même Pain de Vie pour satisfaire notre faim de Son amour, notre faim de Dieu - car nous avons été créés pour cet amour ) et pour nous donner la force de garder Ses commandements. Jésus s'est fait Lui-même l'affamé, l'assoiffé, celui qui est nu, l'isolé, pour nous permettre de l'aimer en retour. Car Jésus dit : "Tout ce que vous faites aux plus petits d'entre les miens, c'est à Moi que vous le faites". Jésus a faim de notre amour et c'est la faim de nos pauvres gens. C'est la faim que vous et moi devons trouver. Elle peut-être dans nos propres maisons.
Puissiez-vous garder la joie d'aimer Jésus dans vos coeurs et partager cette joie avec tous ceux que vous rencontrez. Cette joie rayonnante est quelque chose de réel, car vous n'avez aucune raison de ne pas être heureux puisque vous avez le Christ avec vous, le Christ dans vos coeurs, le Christ dans l'Eucharisite, le Christ dans les pauvres que vous rencontrez, le Christ dans le sourire que vous donnez et dans le sourire que vous recevez. Oui, vous devez vivre votre vie pleinement et ne pas permettre à l'esprit du monde qui fait des dieux du pouvoir, des richesses et du plaisir, de vous faire oublier que vous avez été créés pour de plus grandes choses : aimer et être aimés.
Mère Teresa aux jeunes réunis à Dallas, Etats-Unis, 1992.
Témoin exigeant de la Miséricorde
Trois ans déjà... et il y a comme un manque. Pour nous rappeler celui qui fut un père et un ami, j'aurais pu choisir des lignes qui font plaisir ou chaud au coeur. Mais voilà, j'ai préféré ce texte qui interpelle ou secoue nos opinions. Dans cette homélie, Jean-Paul II répond aux questions ou remises en questions reçues auparavant de la part des jeunes. Essayons de nous laisser interpeller et de le lire jusqu'au bout !
Vous avez encore de nombreux préjugés et des suspicions dans votre rencontre avec l'Eglise. Vous m'avez fait savoir que vous la considérez souvent comme une institution qui ne fait que promulguer des règlements et des lois. Vous pensez qu'elle met beaucoup de parapets dans divers domaines : la sexualité, la structure ecclésiastique, la place de la femme dans l'Eglise. Et la conclusion à laquelle vous arrivez est qu'il existe un profond hiatus entre la joie qui émane de la parole du Christ et le sentiment d'oppression que suscite en vous la rigidité de l'Eglise.
Chers amis et amies, permettez-moi d'être très franc avec vous. Je sais que vous parlez en parfaite bonne foi. Mais êtes-vous pleinement sûrs que l'idée que vous vous faites du Christ correspond pleinement à la réalité de sa personne ? L'Evangile, en vérité, nous présente un Christ très exigeant, qui invite à la conversion radicale du coeur, au détachement des biens de la terre, au pardon des offenses, à l'amour des ennemis et même au sacrifice de sa propre vie par amour du prochain. En particulier, en ce qui concerne le domaine sexuel, on connaît la position ferme qu'il a prise pour la défense de l'indissolubilité du mariage et la condamnation qu'il a aussi prononcée à l'égard du simple adultère commis dans le coeur. Et comment ne pas rester impressionné devant le précepte de "s'arracher l'oeil" ou "se couper la main" si ces membres en viennent à être occasion de "scandale" ?
En tenant compte de ces références évangéliques précises, est-il réaliste d'imaginer un Christ "permissif" dans le domaine de la vie matrimoniale, en matière d'avortement, de rapports sexuels prématrimoniaux, en dehors du mariage ou homosexuels ? En vérité, la permissivité n'a pas été le fait de la communauté chrétienne primitive, qui était dirigée par ceux qui avaient connu personnellement le Christ. Qu'il suffise ici de se reporter aux nombreux passages des lettres de saint Paul qui regardent ce sujet. Les paroles de l'Apôtre ne manquent certes pas de clarté et de vigueur. Et ce sont des paroles inspirées d'en haut. Elles restent normatives pour l'Eglise de tous les temps. La permissivité ne rend pas les hommes heureux. De même la société de consommation n'apporte pas la joie du coeur. L'être humain se réalise lui-même seulement dans la mesure où il sait accepter les exigences qui lui viennent de sa dignité d'être créé à "l'image et à la ressemblance de Dieu".
Aussi, si aujourd'hui l'Eglise dit des choses qui ne plaisent pas, c'est parce qu'elle se sent obligé de le faire. Elle le fait par devoir de loyauté. Ce serait en réalité beaucoup plus facile de s'en tenir aux généralités. Mais parfois elle sent le devoir, en harmonie avec l'Evangile de Jésus-Christ, de maintenir les idéaux dans leur ouverture la plus grande, même au risque de devoir défier les opinions courantes.
N'est-il pas donc pas vrai que l'Evangile soit un message de joie ? Au contraire, c'est
très vrai ! Et comment est-ce possible ? La réponse tient en un seul mot, un mot bref, mais au contenu vaste comme la mer. Ce mot est : amour. La rigueur du précepte et la joie du coeur peuvent parfaitement se concilier si la personne qui agit est poussée par l'amour. Celui qui aime ne craint pas le sacrifice. Au contraire, il cherche dans le sacrifice la preuve la plus convaincante de l'authenticité de son amour. N'est-ce pas là, peut-être, l'expérience que vous faites à l'égard de la personne que vous aimez ? Aussi exigeantes que soient les demandes qu'elle vous fait, vous ne ressentez pas de fatigue à les accomplir, et le sacrifice même que cette réalisation vous coûte devient pour vous une source de joie.
Voilà, chers jeunes, le secret d'une vie chrétienne tout à la fois cohérente et joyeuse : le secret est dans un amour sincère, personnel, profond, pour le Christ. Mon souhait est que chacun de vous découvre un amour semblable, parce qu'alors les valeurs qui sont à la base de la norme se révéleront à vous dans leur vérité, et les difficultés que vous rencontrez pour les mettre en pratique s'allégeront. Saint Augustin dit : "Quand on fait ce qu'on aime, on ne se fatigue pas ou bien on aime la fatigue elle-même".
Jeunes, voici donc ma réponse : aimez le Christ et vous accepterez les exigences que l'Eglise, en son nom, vous propose, parce que ce sont les exigences qui proviennent de Dieu, créateur et rédempteur de l'homme ; acceptez ces exigences dans votre vie et vous en découvrirez la valeur. Pour découvrir ces valeurs, il faut écouter toujours la Parole de Dieu, rencontrer souvent le Ressuscité dans l'Eucharistie. Je vous conseille aussi de ne pas sous-évaluer, pour cela, la valeur du sacrement de la confession. Ainsi vous pourrez vivre avec force les exigences que vous avez acceptés en recevant la confirmation.
Vous voulez savoir ce que le Pape attend de vous ? Et si vous avez le droit d'être jeunes dans l'Eglise et si elle attend vraiment quelque chose de vous ?
L'Eglise, chers amis, devra toujours être une Eglise jeune. Elle doit se renouveler
quotidiennement, se convertir constamment. Elle doit apporter une réponse aux questions d'actualité. Vous savez mieux que quiconque de quel genre de questions il s'agit. Vous êtes, plus que tout autre chose, les fils de cette génération. Aussi vous avez des observations à faire sur l'Eglise, sur votre Eglise. Des observations parfois amères. Vous comprendrez que nous, qui sommes issus de la vieille génération, nous avons parfois des difficultés à les comprendre. Parfois vous nous causez quelque difficulté. Et cependant nous ne voulons pas que vous cessiez de nous en faire. Vous devez continuer à nous dire tout, honnêtement. Mais il faut aussi que vous fassiez attention à quelques observations de notre part : vos observations doivent se situer dans le cadre d'une vraie préoccupation pour l'Eglise. L'Eglise sent le devoir de faire ce que le Christ attend d'elle. C'est avant tout de cela qu'il s'agit.
L'Eglise ne s'invente pas elle-même ; elle sait qu'elle est le fruit d'une invention de l'amour du Christ et son unique souci est celui de garder jalousement la volonté de son Seigneur, en la comprenant toujours mieux par l'assistance de l'Esprit, pour en réaliser pleinement les fins salvifiques pour le bien de l'humanité. D'autre part, elle est convaincue qu'il n'y a aucune raison pour que, en son sein, celui qui joue un rôle envie celui qui joue un autre rôle. Car les divers rôles ne donnent pas lieu à la supériorité de l'un sur l'autre. Le seul charisme supérieur, digne d'être désiré, est la charité. Dans le royaume des cieux, l'unique hiérarchie sera celle de l'amour.
Efforcez-vous donc de croître dans l'amour, en vivant avec générosité le rôle auquel
l'Esprit du Christ vous appelle dans l'Eglise, dont vous êtes les membres vivants. L'Eglise, c'est vous, c'est nous tous. Ne parlez jamais de l'Eglise comme si elle était une personne extérieure, mais plutôt en votre qualité de personnes engagées dans l'Eglise. Et même, ne parlez jamais à l'Eglise ou de l'Eglise comme si elle était pour vous une absente, ou une indifférente, ou, pire, une ennemie. Au contraire, elle est une mère. Une mère parce qu'elle vous a engendrés au Christ. La Sainte Mère l'Eglise. On aime une mère, on ne l'accuse pas. Avec une mère, on dialogue. On va chez une mère pour ouvrir son coeur, pour porter avec elle le poids de la vie, les préoccupations de la famille. L'Eglise vous attend comme vous êtes. A la lumière de l'Evangile, elle enseigne que chaque homme a droit au respect et à l'amour. L'homme compte ! Dans son enseignement, l'Eglise ne se prononce jamais sur les personnes concrètes ; mais, au niveau des principes, elle doit distinguer le bien et le mal.
Je devrais également vous demander de ne pas vous adresser à l'Eglise d'une manière telle que vous ne puissiez plus lui prêter attention. Vous ne devez pas vous enfermer. Mais vous devez rester unis les uns aux autres. Nous devons avant tout nous soutenir réciproquement.
Comme dans les familles, nous devrons avoir de la patience les uns pour les autres : vous à l'égard de notre cheminement que vous jugez prudent, et nous à l'égard de vos impulsions. Nous voulons avoir du respect les uns pour les autres. Et vous devez me croire quand je dis que nous ne pouvons nous passer de vous. Vous êtes irremplaçables.
Jean-Paul II, Amersfoort, 14 mai 1985.
Face adorable
O Jésus, que vous me paraissez adorable, digne de tout respect dans ces états si humiliants ! Que j'ai du plaisir de vous reconnaître pour mon Dieu, mon Roi, mon Maître, sous ces dehors qui vous rendent si méprisable aux yeux des hommes ! Que les autres vous adorent sur le Thabor, à votre Résurrection triomphant, à l'Ascension assis à la droite du Père ; pour moi, j'affecterai de vous rendre mes honneurs dans les états où vous êtes le plus méprisé des hommes. Non, mon divin Maître, ces mépris ne vous attireront point les miens. Je vous aime encore plus, ainsi méprisé du monde. Ces mépris me devraient devenir aussi aimables que j'ai de honte de ne les aimer pas, moi qui en suis si digne.
Saint Claude La Colombière.
L'Amoureux
On dit que l'amour est aveugle, qu'il couvre les défauts. Si les objets des plus grandes passions étaient parfaitement connus, on les verrait bientôt refroidies. Mais Jésus connaissait nos vices, nos misères ; il nous connaissait tels que nous nous connaissons nous-mêmes à certains moments où nous sommes plus raisonnables et où nous nous déplaisons si fort. Son amour a surmonté tout cela ; ces misères l'ont excité davantage.
Il n'y a que vous, ô mon Dieu, qui soyez capable d'aimer ainsi. On ne trouve rien de pareil parmi les hommes. On aime son plaisir, son intérêt ; on aime des choses aimables, ou du moins qu'on croit aimables. Vous, des personnes odieuses et dont vous connaissez les vices. D'où vient que j'ai tant de peine à aimer mes ennemis ? N'ont-ils rien d'aimable pour nous ? Jésus les a aimés tels qu'ils sont, et tels qu'ils sont il nous ordonne de les aimer. N'est-ce pas assez ? Mais vous, mon divin Sauveur, quand vous ne seriez pas aussi aimable que vous l'êtes, un si grand amour mériterait tout le mien. D'où vient donc que je ne vous aime point quoique vous soyez si parfait, si accompli, que vous soyez si grand, si éclairé, si sage, si doux, si bienfaisant, si fidèle, si libéral envers vos amis ?
La raison, pardonnez-moi, Seigneur, si j'ose vous le dire, c'est que vous ne m'avez pas encore assez aimé. On peut encore ajouter à ces excès. C'est votre amour même. Je sais que vous trouvez des obstacles dans mon coeur, un poison froid qui l'empêche de prendre feu et de s'enflammer. Je m'en vais travailler et purifier, je vais rompre ces attaches que j'ai au monde, aux créatures, à l'argent, au jeu, à la vanité des habits, à la réputation, à moi-même. Faut-il s'étonner qu'un coeur embarrassé de la sorte ne puisse donner place à votre amour qui veut régner seul ? Je suis sûr que, quand je vous l'offrirai vide, vous ne me refuserez pas de le remplir de votre amour, d'y venir habiter vous-même, d'en faire un paradis terrestre et de le disposer à cette charité parfaite dont il doit brûler éternellement avec les séraphins.
Saint Claude La Colombière.
L'Innocent
Vous vous trompez, bourreaux ; vous prenez l'innocent pour le coupable. Père éternel, vous trompez-vous aussi, vous qui ordonnez ces supplices ? Ne savez-vous pas que c'est là ce Fils qui vous a été si soumis ? Ou bien est-ce que votre amour pour nous est aussi excessif que celui de cet aimable Fils ?
Saint Claude La Colombière.
De l'amour du prochain
Si nous voulons témoigner à Dieu que nous l'aimons véritablement, nous ne devons avoir d'égard ni aux talents ni aux imperfections de nos frères, ni à leurs vices ni à leurs vertus. Il me suffit, mon Dieu, pour m'obliger à aimer mon prochain, que j'aperçoive en lui votre image, que j'y découvre un seul de vos traits. Que cette image soit d'or ou d'argile, que ce trait soit gravé sur un diamant ou sur une brique, je ne laisserai pas de le respecter et de l'aimer, pour l'amour de vous.
Saint Claude La Colombière.
Les deux appels
En février 1994, lors d'une retraite de lectio divina au sanctuaire Notre-Dame de Lumière dans le sud de la France à Goult, j'ai choisi pour devise de ma vie celle de François d'Assise : Deus meus et omnia, Mon Dieu et mon tout. Depuis cette devise figure ici ou là dans mes affaires, notamment sur la première page de ma Bible. Je n'ai jamais oublié cette devise. Elle n'était pas vraiment neuve pour moi, uniquement une mise en forme de mon désir le plus profond. Aujourd'hui elle reste le petit refrain qui construit ma vie.
Il n'est donc pas étonnant que ce texte de Madeleine Delbrêl m'ait particulièrement interpellé ces derniers jours. En plus il y avait la journée des consacrés le 2 février !
"Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi". Le Seigneur a déjà dit cela à quelqu'un de son temps, et il continue à le redire à des gens de notre temps. Il met dans leur coeur un tel amour de certains de leurs frères qu'il les pousse à partager leur vie, toute leur vie, dans une absolue communion.
Ils voient la société comme la continuation de la création de Dieu. Ils pensent qu'elle est à sanctifier, à purifier, qu'il faut "tout instaurer dans le Christ". Ils aiment d'amour une cellule du corps social dont leur vocation est de faire un fragment du corps mystique.
Ils veulent prendre dans le monde tout ce qui n'est pas péché pour en faire un lieu de grâce. Ils auront une maison comme toutes les autres maisons, bâtie sur un ordre paisible. Dans cette maison ils auront un foyer plein de tendresse. Ils seront un paysan parmi les paysans, donnant à chaque chose un prix, fort comme les autres, ambitieux d'un demain meilleur.
Être un ouvrier comme les ouvriers, avec les mêmes jours de travail dans le tintamarre des ateliers et avec les mêmes dimanches. Rester auprès de ceux qui leur ont donné la vie et mettre autour de soi ceux auxquels on donne le jour. Vivre une foi que chacun de ceux qu'on est venu sauver puisse vivre ; la vivre en pensant à eux, pour qu'ils puissent la vivre à leur tour. La vivre si bellement, si joyeusement, si sur-naturellement que tous aient envie de la vivre.
Être missionnaire dans le pays social où l'on est né ; s'ensevelir comme le grain de froment dans l'humilité de son terroir providentiel ; y mourir à tout ce qui est humain et, en pleine humanité, naître à tout ce qui est volonté de Dieu.
Edifier la Jérusalem céleste dans les rues de Paris, de Lyon ou de Lille, sur les coteaux de l'Yonne, dans les plateaux de l'Eure, sur les péniches des canaux. Être là où Dieu les a posés dès l'origine, comme un tout petit grain de semence dont tout un champ pourrait sortir. Et surtout que rien ne les sépare de ce pécheur, de ce païen qu'ils sont venus chercher par leur immobile départ, ce départ qui leur demandait simplement de rester où ils étaient. Savoir que leur bateau peut être leur maison natale.
Après ceux des maisons, voici ceux de la route, de la rue, des chemins : Ils ont rencontré le Christ sur ses routes :
Un Christ pauvre à ne savoir où poser sa tête, un Christ sans foyer, un Christ mobile dans la volonté de son Père comme une plume dans le vent, un Christ sans amarre qui leur a dit : "Viens et suis-moi". Ils ont compris, une fois pour toutes, que le Christ était leur "lieu". "Ils suivent l'Agneau partout où il va". Ils sont comme possédés par une passion de similitude.
Les autres offrent leur vie, leur famille, leur maison, leur métier, pour que s'y édifie le travail d'incarnation inauguré par le Christ ; ceux-ci demandent que tout d'eux-mêmes soit effacé, pour que le Christ les revête de la vie d'homme qu'il a vécue.
Ceux-là demandent que le Christ s'incarne dans toutes les réalités de leur vie : ceux-ci demandent d'être revêtus du Christ et rien de plus.
Ceux-là reçoivent une tâche apostolique déterminée : sauver les gens de cette profession, ou de cette famille, ou de ce pays social et, pour cela, épouser jusqu'à l'extrême tout ce qui les rapprochera de ceux qu'ils ont à sauver ; ceux-ci pensent que le remède pris par le Christ il y a deux mille ans doit durer jusqu'à la fin des siècles et que la petite troupe pauvre comme lui, pure comme lui, obéissante comme lui, qu'il entraîna sur les routes de Palestine, doit avoir parcouru toutes les routes de la terre avant la consommation des temps.
Cette troupe, elle doit se renouveler avec chaque génération, le Seigneur marquant d'avance ceux qui chemineront dans sa similitude.
Dès la première prédication de l'Evangile, bien des gens furent des disciples de Jésus-Christ qui restaient dans leur maison ; et pourtant, d'autres durent quitter leur maison. Bien des gens possédaient paisiblement leurs biens, recevaient le Seigneur à leur table, et lui rendaient même grand service ; et pourtant, d'autres devaient donner tout ce qu'ils avaient aux pauvres et poursuivre des courses sans assurance.
Les deux routes ont toujours existé. Toujours le Seigneur dira aux uns : "A cause de moi et pour mon amour tu auras une femme, des enfants, une maison, des biens à gérer, de ma part, dans le monde". Toujours le Seigneur dira aux autres : "Tu n'auras que moi et je serai ton tout".
Toujours le Seigneur dira aux uns : "Je sais ce qui te convient, je te donnerai chaque jour ta peine et ton pain quotidien, afin que partout où tu seras posé, il y ait aussi ma croix". Toujours le Seigneur dira aux autres : "Prends ta croix et suis-moi". Prends-la par les trois bras de la pauvreté, de l'obéissance, de la pureté. Pourquoi ? Parce que c'est ainsi que je veux que tu m'aimes et que nous aimions le monde ensemble.
La plupart de ceux auxquels le Christ tient ce langage sont sous des robes brunes, blanches ou noires, disciples d'un saint qui fut, à travers le temps, compagnon de route du Seigneur.
D'autres sont des gens comme vous et moi, des gens engoncés aussi loin que possible dans l'épaisseur du monde, séparés de ce monde par aucune règle, aucun voeu, aucun habit, aucun couvent ; pauvres mais pareils à des gens de partout ; purs mais pareils à des gens de n'importe quel milieu ; obéissants mais pareils à des gens de n'importe quel pays.
Ils sont fait pour tout et pour tous : vous en trouverez qui font l'école, d'autres qui écrivent des lois, certains soignent et consolent, d'autres travaillent en usine. Pour eux un monde en vaut un autre et une âme une autre âme. Mais ne les ennuyez pas avec des méthodes et des techniques. Ne leur dites pas : "Ici, il vaut mieux avoir l'air un peu riches ; vous réussirez mieux" ; "Là, il vaut mieux vous marier, vous serez un meilleur apôtre" ; ou encore : "Sachez ce que vous voulez et tenez-y".
Ils vous répondront : "On ne peut pas suivre deux routes. Vous nous donnez des recettes qui ne sont pas pour nous". Si nous sommes un peu râpés, si nous faisons en ce monde figure de campeurs, c'est que notre recette à nous, c'est de ne posséder que le Seigneur. Si nous n'avons pas de foyer, si, chez nous, ni mari ni femme ni enfant ne nous attendent, c'est que le Seigneur nous possède et que, par lui seul, nous voulons être possédés. Si nous n'avons pas de programme, c'est que notre Père du Ciel l'a écrit pour nous d'avance et il nous suffit de recevoir ses consignes, au jour le jour.
Ne leur dites pas que la croix c'est dangereux, un peu morbide et très malsain, que le monde a besoin de retrouver le visage de la joie et non des pénitents. Ils vous répondront : "Nous vous parlerons de la joie quand nous l'aurons apprise sur la croix où nous retrouvons notre amour. Notre joie est d'un prix si exorbitant qu'il a fallu pour l'acheter vendre ce que nous possédions et tout nous-mêmes".
Ceux du premier appel, il faut qu'ils soient nombreux car le monde est grand et son baptême long. Mais ceux du deuxième appel, il faut qu'ils soient au moins quelques-uns pour donner aux hommes, ces grands enfants, l'édition en image de la vie de Jésus : Jésus qui est la "Mission" même.
Madeleine Delbrêl.
Présentation de Jésus au Temple
C'est aujourd'hui la Présentation de Jésus au Temple, plus communément appelée Chandeleur. C'est aussi le jour où l'Eglise fête les consacrés. A tous les consacrés, ceux qui se le sont de manière visible et ceux qui ne peuvent l'être que dans leur coeur, je souhaite une très belle fête.
Je vois l'enfant s'avancer de Bethléem vers Jérusalem, sans quitter la Jérusalem d'en-haut. Je vois l'enfant sur la terre présenter une offrande au temple selon la prescription de la loi ; mais il reçoit au ciel l'adoration de toutes les créatures ; je le vois porté par les bras du vieillard selon le dessein du rédempteur, et dans sa majesté reposer sur le trône des chérubins. Il est offert et consacré, mais c'est lui qui consacre et purifie toutes choses ; il est l'offrande et il est aussi le temple ; il est le prêtre et il est aussi l'autel. Il est l'agneau et il est le feu subsistant. Il est l'holocauste et il est le glaive de l'Esprit. Il est le pasteur et il est l'agneau ; il est le sacrificateur et aussi la victime. Venez tous, vous qui aimez le Christ, vous qui aimez Dieu. Accourons à la rencontre de notre Seigneur et de notre roi, purifiés et éclatants de lumière, non pour obéir à la Loi, mais poussés par l'Esprit. Oui, aujourd'hui, préparons des lampes brillantes et, comme des fils de lumière, offrons des cierges au Christ, lumière véritable, car il s'est manifesté au monde, lui, la lumière qui doit éclairer les nations païennes.
Homélie attribuée à saint Cyrille de Jérusalem.
Dieu existe je l'ai toujours trahi
Dans ma bibilothèque, en très bonne place, il y a un livre dont le titre me rend parfois honteux de l'avoir mis en si bonne place. C'est le livre de Françoise Verny, cette éditrice française célèbre aujourd'hui décédée, intitulé : "Dieu existe je l'ai toujours trahi". A certains le titre évoquera celui de André Frossard "Dieu existe, je l'ai rencontré". Je parlais hier du livre de Françoise Verny avec un ami. Depuis j'en ai relu quelques lignes, que j'ai envie de vous partager simplement. Ce sont les lignes d'un itinéraire bien particulier, mais qui je crois a été, à travers le doute parfois, un réel itinéraire de foi.
Mes tourments appellent une réponse "mystique". J'écris ce livre sans recourir aux philosophes et aux théologiens qui ne peuvent combler mon attente. Je ne me fonde que sur les textes de la Bible, les seuls aujourd'hui qui m'éclairent dans ma quête. Je me reproche de ne pas les méditer suffisamment, de ne pas en nourrir ma prière. Peu contemplative par inclination, je n'alimente pas ma foi, je me laisse aisément distraire... Perdant Dieu, je me perds moi-même, consciente de ma transcendance, incapable de l'assumer avec mes maigres forces.
Je ne retrouve Dieu et ne me retrouve moi-même que grâce à ceux et à celles qui me réveillent à l'amour. Toujours ma voie humaine ! Perdue dans les méandres de l'existence, je renais à la vie, à l'espérance... par l'autre. A travers la honte le plus souvent, celle de ma propre indignité. (...)
Dans Sire, un roman extravagant où il évoque une restauration de la monarchie, Jean Raspail cite une oraison que les rois de France devaient prononcer avant le sacre : "Seigneur Dieu qui connaissez que le genre humain ne peut d'aucune sienne vertu subsister et demeurer en l'état..." Je l'avoue : j'ai besoin de l'assistance divine. J'en appelle au Christ dans mon infidélité à son commandement : "Aime ton prochain comme toi-même" parce que, sans la charité, je me réduis à rien.
Je crois en Dieu, je l'ai toujours trahi. Je crois en Dieu à cause du mal que je commets et qui me détruit. Lui seul peut m'en délivrer.
Françoise Verny, Dieu existe je l'ai toujours trahi, Editions Oliver Orban, Paris 1992, p205-207.
Ce que nous avons contemplé et touché du Verbe de Vie
Ce Dieu que le monde ne peut étreindre, comment l'homme au regard si limité peut-il le cerner ? L'amour ne se soucie pas de savoir si une chose est sûre, convenable ou possible. L'amour ne connaît pas le jugement, se passe de raisonnement, ignore la mesure. Il ne se console pas sous prétexte qu'il est impossible ; la difficulté ne l'arrête pas...

L'amour ne peut pas ne pas voir ce qu'il aime. Tous les saints estimaient pour bien peu la récompense méritée, s'ils ne pouvaient voir le Seigneur. Et c'est bien juste, mes frères : comment remercier pour les bienfaits reçus, s'il n'est pas possible de voir celui qui les accorde ? Comment se croire aimé de Dieu sans le contempler ? Aussi l'amour qui désire voir Dieu, même s'il n'est pas raisonné, est inspiré par l'intuition du coeur...
Si Dieu avait emprunté au ciel la forme d'un ange, il serait demeuré tout autant invisible ; par contre, si sur terre, il s'était incarné dans une chair inférieure à l'homme, il eût fait injure à la divinité et, d'ailleurs, il eût ainsi rabaissé l'homme au lieu de l'élever. Que personne donc, mes frères très chers, ne considère comme une injure portée à Dieu le fait qu'il soit venu aux hommes par un homme et qu'il ait trouvé chez nous le moyen d'être vu.
Saint Pierre Chrysologue (+450), archevêque de Ravenne.
Le 24 décembre
Souviens-toi de cela, Jacob, et toi Israël, car tu es mon serviteur. Je t'ai modelé, tu es pour moi un serviteur. Israël je ne t'oublierai pas. J'ai dissipé tes crimes comme un nuage et tes péchés comme une nuée ; reviens à moi, car je t'ai racheté. Criez de joie, cieux car le Seigneur a agi, hurlez, profondeurs de la terre, poussez, montagnes des cris de joie, forêt, et tous les arbres qu'elle contient ! car le Seigneur a racheté Jacob, il s'est glorifié en Israël.
Isaïe 44, 21-23.
Prenons-nous bien la mesure de ce que signifie Noël ? Dans cette fête, notre Rédemption est déja contenue. Celui qui naît dans la crèche est Celui qui vient sauver l'humanité. Il vient apporter la lumière dans nos ténèbres, nous libérer des chaînes qui nous entravent et nous empêchent de vivre. Il prend notre vie en devenant l'un d'entre nous et par là il nous fait le don de sa propre vie et nous devenons nous aussi fils de Dieu.

Homme éveille-toi : pour toi, Dieu s'est fait homme. Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts et le Christ t'illuminera. Pour toi, je le répète, Dieu s'est fait homme. Tu serais mort pour l'éternité, s'il n'était né dans le temps. Tu n'aurais jamais été libéré de la chair du péché, s'il n'avait pris la ressemblance du péché. Tu serais victime d'une misère sans fin, s'il ne t'avait fait miséricorde. Tu n'aurais pas retrouvé la vie, s'il n'avait pas rejoint ta mort. Tu aurais succombé, s'il n'était allé à ton secours. Tu aurais péri, s'il n'était pas venu. Célébrons dans la joie l'avènement de notre salut et de notre rédemption. Célébrons le jour de fête où, venant du grand jour de l'éternité, un grand jour éternel s'introduit dans notre jour temporel et si bref. (...)
En ce jour de grâce, réjouissons-nous, pour trouver notre gloire dans le témoignage de notre conscience ; alors, ce n'est pas en nous, mais en Dieu que nous mettrons notre gloire. C'est pour cela qu'il est dit : Seigneur, tu es ma gloire, tu me tiens la tête haute. Dieu pourrait-il faire briller sur nous une grâce plus grande que celle-ci : son Fils unique, il en fait un fils d'homme et, en retour, il transforme les fils d'hommes en fils de Dieu ? Cherche où est le mérite, où est le motif, où est la justice, et vois si tu découvres autre chose que la grâce.
Saint Augustin, Sermon pour la Nativité.
Que le salut de Dieu nous vienne sans tarder ! Qu'il brise le joug qui nous écrase, qu'il rompe les liens de nos péchés !
Trois jours avant Noël
Ecoutez-moi, vous qui êtes en quête de justice, vous qui cherchez le Seigneur. Regardez le rocher d'où l'on vous a taillés et la fosse d'où l'on vous a tirés. Regardez Abraham votre père et Sara qui vous a enfantés. Il était seul quand je l'ai appelé, mais je l'ai béni et multiplié. Oui, le Seigneur a pitié de Sion, il a pitié de toutes ses ruines ; il va faire de son désert un Eden et de sa steppe un jardin du Seigneur ; on y retrouvera la joie et l'allégresse, l'action de grâces et le son de la musique.
Isaïe 51, 1 et suivants.

De ton désert le Seigneur va faire un Eden... Ce n'est pas uniquement la promesse d'un jardin paradisiaque, mais la promesse que Dieu fait de venir se promener dans le jardin pour dialoguer avec l'homme que tu es, comme il le faisait dans l'Eden de la Genèse. Car le Dieu qui vient est ce Dieu qui prend plaisir à être avec les hommes et dont le désir se porte vers eux. De ton désert, Dieu va faire le lieu de sa présence à tes côtés.
L'Eden est aussi le lieu d'où jaillit une source. Dans ton âme cette source c'est le Christ Jésus lui-même dont il est écrit : De son sein jailliront des fleuves d'eau vive.
Fais-nous voir ton amour Seigneur et nous serons sauvés !
Dieu a soif de votre soif de Lui. Cherchez de tout coeur à aimer Dieu et soyez impatients de Le trouver. Ainsi vous étanchez la soif de Dieu qui a soif de votre soif de Lui. Jésus, Dieu fait homme, est venu nous révéler Dieu. Ecoutez avec ferveur, avec une foi profonde, ses enseignements et efforcez-vous de faire ce qu'Il dit. Car Jésus nous dit : "Si vous M'aimez, vous garderez Mes commandements, et Mon Père vous aimera et Nous viendrons et habiterons en vous". Jésus nous dit aussi : "Aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés. Comme le Père M'a aimé, Je vous aime".
Je devrais également vous demander de ne pas vous adresser à l'Eglise d'une manière telle que vous ne puissiez plus lui prêter attention. Vous ne devez pas vous enfermer. Mais vous devez rester unis les uns aux autres. Nous devons avant tout nous soutenir réciproquement.
Mes tourments appellent une réponse "mystique". J'écris ce livre sans recourir aux philosophes et aux théologiens qui ne peuvent combler mon attente. Je ne me fonde que sur les textes de la Bible, les seuls aujourd'hui qui m'éclairent dans ma quête. Je me reproche de ne pas les méditer suffisamment, de ne pas en nourrir ma prière. Peu contemplative par inclination, je n'alimente pas ma foi, je me laisse aisément distraire... Perdant Dieu, je me perds moi-même, consciente de ma transcendance, incapable de l'assumer avec mes maigres forces.




















