Acharnement contre l'Eglise ?
L'Eglise est secouée ces dernière semaines par quelques affaires peu reluisantes. Certains se plaignent d'un acharnement contre l'Eglise. Ah le méchant monde avec ses méchants journalistes à la solde de méchants politiciens. Pour ma part, j'avoue ne pas partager cette opinion d'un acharnement général contre l'Eglise. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'acharnement ici ou là.
Le monde nous dit : "Vous purifiez l'extérieur de la coupe
et de l'assiette, mais l'intérieur est rempli de cupidité et
d'intempérance ! Vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l'extérieur ils ont belle apparence, mais l'intérieur est rempli d'ossements et de toutes sortes de choses impures" (Mtt 23). Pourquoi le monde nous traite-t-il ainsi, avec autant de liberté ?
Nous sommes habitués à entendre l'Eglise critiquer le monde. Comme si pour exister elle devait se situer en opposition au monde, pour distinguer le bon du mauvais, le bon grain de l'ivraie, le saint du pécheur, le pur de l'impur. Mais nous oublions que c'est l'esprit du monde que nous devons combattre, et que cet esprit du monde est autant présent dans le monde que dans l'Eglise. Le monde nous renvoie donc quelque chose du style : "Plutôt que de faire la morale aux autres, balayez devant votre porte. Montrez l'exemple !" Sachons y entendre un appel du Christ à une conversion.
On peut se plaindre du manque de respect du monde pour la Mère-Eglise et ses pasteurs. L'Eglise a perdu de son aura, comme toute les autorités. Pour ma part je pense que c'est un bien. Peut-être passons-nous d'une obéissance servile et infantile à un rapport adulte à l'autorité. Et nous serions pour le moment dans un rapport adolescent à l'autorité. L'adolescent cherche et repère les failles de ses parents et remet en question leur autorité en raison de ces failles. Il faut passer par là pour arriver à un rapport d'adulte à l'autorité. Quel est ce rapport d'adulte à l'autorité ? C'est quand le rapport se vit dans le dialogue et qu'aucune des deux parties n'essaie de se faire passer pour meilleure que l'autre ou comme ayant la solution à tout.
L'envie me démange parfois...
Le mot de la fin
Voilà ! C'est le temps de nous dire "Au revoir !", je tourne la page de ce blog pour y écrire le mot FIN. A chacun je souhaite de faire bonne route dans la vie, d'avoir de grands désirs même s'il est parfois douloureux de les porter, d'espérer même quand il semble qu'à vues humaines il est idiot d'espérer, de croire même si parfois Dieu semble loin, d'aimer même si nous sommes en colère.
Prenez le chemin de l'Evangile. N'attendez pas des autres qu'ils le vivent à votre place. C'est un chemin radical, ce n'est pas une partie de plaisir, même s'il est source d'une grande joie.
Aimer dans l'Evangile est synonyme de mourir à soi-même, de donner sa vie. C'est une invitation à ne pas regarder notre nombril, nos petits problèmes à nous (et peut-être pas les grands non plus !), à ne pas nous inquiéter de nous-même mais d'autrui. Je pense que c'est François d'Assise qui disait : "Que je ne cherche pas tant à être aimé, qu'à aimer. Que je ne cherche pas temps à être consolé, qu'à consoler !". Voilà un beau programme !
Je me confie à votre prière et vous assure de la mienne. Puissiez-vous en contemplant le visage du Christ bien-aimé, découvrir qu'il pose un regard de tendresse sur vous.
Bonne fête de l'Assomption à chacune et chacun !

Les conseils de Didyme
L'autre jour j'ai revu un ami prêtre que je n'avais pas vu depuis trois ans. Nous en avions des choses à nous raconter ! En lui partageant les changements qui se sont opérés en moi à propos de l'homosexualité, de ma manière de l'accepter, de la comprendre et de la vivre, il m'a demandé comment cela avait pu se produire, ce qui m'avait aidé. Je n'ai pas de recette toute faite. Mais il y pourtant quelques points auxquels je crois et que j'aimerais partager comme un chemin qui s'ouvre pour ceux qui le désirent.
1. Cherche Dieu et apprend à le trouver en toi. Ne le cherche pas au-dessus de l'homosexualité ou à côté. Cherche-le tel que tu es, sans te hausser sur la pointe des pieds. Tu verras alors que l'homosexualité n'est pas un empêchement pour aimer Dieu et être aimé de Lui, mais qu'elle est un chemin qu'il prend pour te rejoindre, qu'elle te donne une certaine ouverture à la vie spirituelle.
2. Contemple ce Visage qui pose sur toi un regard d'amour.
3. Ouvre ton coeur à l'un ou l'autre amis, choisis avec discernement. Fais preuve de maturité pour ce choix. Sonde leur ouverture d'esprit et de coeur. Choisis ainsi des amis qui ne te jugeront pas mais t'aimeront mieux, qui peuvent t'écouter sans prendre peur, te soutenir quand tu en as besoin, dont les propos élèvent.
4. Choisis un Père spirituel ou entreprends une thérapie si tu penses que cela peut-être bon pour toi. Là aussi fait preuve de discernement quand au choix du père spirituel ou du thérapeute. N'hésite pas à changer de personne si elle ne te convient pas. L'important c'est que tu te sentes entendu, compris et que cela te permette de dépasser la colère qui est en toi et d'avancer en t'aimant et en te recevant chaque jour comme une merveille aux yeux de Dieu. L'amour viendra guérir et apaiser beaucoup de choses en toi.

On cherche
Quand on se découvre homosexuel et qu'on est chrétien, commence la quête d'un chemin à prendre, possible, d'un comment vivre cette donnée particulière. On cherche alors des témoins, des personnes qui ont déjà fait un bout de chemin et qui peuvent, comme des frères aînés, montrer une lumière, dire quels pas sont faisables. On cherche un témoignage, véridique, humain, avec ses hauts et ses bas. On cherche quelqu'un qui a déjà débroussaillé un bout du chemin.
On cherche une parole, une parole qui soutient, une parole qui est reconnaissance de ce qui est porté ou vécu, une parole qui libère, une parole qui apaise, une parole qui donne vie. On se croit alors crapaud, et on a besoin qu'un ami, un frère, un père, comme par un baiser, révèle en nous le Prince caché.
On cherche un groupe, des gens à qui parler, des gens qui comprennent parce qu'ils vivent la même chose ou presque. Alors on fait connaissance avec Torrent de Vie, Les Rencontres fraternelles Aelred, La Communauté du Christ Libérateur (Belgique), Devenir Un en Christ, ... On y cherche des réponses à nos questions, une écoute, des pistes à suivre. On s'inscrit à un groupe de partage, on participe à des rassemblements. Chaque groupe a ses caractéristiques, sa théorie sur l'homosexualité, il y en a pour tous les goûts !
On lit des livres. On y cherche les mots pour expliquer ce qu'on ressent. On cherche chez Green ou chez d'autres. On regarde l'un ou l'autre films sur le sujet.
On cherche un site internet, un blog et parfois on en crée un, un peu par hasard ou alors parce qu'on a besoin de crier quelque chose, un j'existe ?, à la face du monde.
La fin approche
Voilà c'est fait, c'était une décision difficile à prendre, mais je suis heureux de l'avoir prise : le 15 août prochain, ce blog cessera d'exister. Pourquoi ? Simplement parce qu'aujourd'hui ce blog ne correspond plus à celui que je suis devenu.
J'ai eu le besoin de dire mon homosexualité, de mettre des mots dessus, de tenter de mieux la comprendre, de l'accepter, de la faire mienne. J'ai éprouver le besoin aussi de rencontrer d'autres personnes homosexuelles, peut-être pour voir comment moi j'allais pouvoir vivre cette homosexualité, discerner ce que j'ai envie de bâtir avec la pierre que je suis. Mais voilà, je passe maintenant à une autre étape : celle où l'homosexualité qui est mienne n'est plus quelque chose que j'ai besoin d'affirmer, ni quelque chose que je cherche encore à comprendre, ni quelque chose dont je chercherais la clef. Elle est là, mais elle est devenue secondaire. Mon identité est au-delà d'elle.
Ces moments partagés avec vous ont été une source de joie, une source de contemplation du visage du Bien-Aimé Jésus. Car c'est bien ce que que j'ai découvert dans l'homosexualité : un visage qui m'attend. Je rends grâce pour tout ce qu'il m'a été donné de vivre à vos côtés et de comprendre. Je rends grâce aussi pour ce que Dieu a pu tirer de mes pauvres écrits, et je demande pardon à tous ceux qui en venant ici ont été déçu par ce qu'ils ont trouvé.
Je remercie déjà aussi Crocki et Mathieu qui ces derniers mois m'ont admirablement secondé dans la rédaction de ce blog. C'était une expérience enrichissante. Trois voix qui se font entendre, trois voix différentes, mais trois voix amicales, c'est un cadeau.
75 jours, voilà ce qu'il nous reste à Crocki, Mathieu et moi, pour terminer en beauté ce blog. Je ne quitte pas la toile, puisque hier j'ai mis en place un nouveau blog. Il ne parlera pas d'homosexualité (certains diront que celui-ci n'en a jamais parlé non plus !), mais il parlera de ce visage qui m'attend.
Visitation
Deux femmes se rencontrent, deux cousines, deux membres de la même famille, même si tout semble les opposer. L'une est jeune, l'autre âgée, l'une est une vierge, l'autre une femme stérile. Leur unique point commun semble être cette appartenance à une même famille et... le fait qu'elles sont enceintes toutes deux.
L'une semble personnifier par son âge l'Ancienne Alliance tandis que l'autre annonce par sa jeunesse une Alliance Nouvelle. Elisabeth apparaît comme une personnification de l'Alliance Ancienne qui semble ne plus pouvoir porter de fruit, être arrivée à bout de course. C'est le côté de la présence calfeutrée de Dieu dans le Saint-des-Saints, du culte ancien et distant d'un Dieu qui est tout autre et qui ne se mélange pas aux hommes mais continue à les regarder un peu de haut, d'un Dieu chez qui il n'est permis d'entrer qu'une fois par an, de la Loi et des préceptes. Marie est l'annonce d'une Alliance Nouvelle où Dieu vient rejoindre et habiter notre humanité, où il n'y aura plus besoin de Temple parce que Dieu fera sa demeure dans le coeur de chacun, sera toujours accessible parce que toujours en train de se donner à nous. Une Alliance Nouvelle où la Loi est inscrite dans le coeur de l'homme : "Tu aimeras Dieu et tu aimeras ton prochain comme toi-même".
Elles sont de la même famille, c'est dire qu'on ne saurait opposer les deux alliances. L'Ancienne prépare la Nouvelle, comme un Jean-Baptiste qui annonce l'Agneau de Dieu qui vient. La Nouvelle seconde l'Ancienne, comme Marie qui reste trois mois auprès d'Elisabeth pour l'aider dans sa grossesse. L'une et l'autre sont intimement liées.
Présence eucharistique
Dimanche dernier avec un ami, nous sommes allés à une Procession du Saint-Sacrement en Wallonie profonde. La procession nous a déçus par son manque de dignité, le manque d'égard pour le Saint-Sacrement.
Et voilà, et c'est une manière parfois par laquelle Dieu nous interpelle, que dimanche soir arrive dans ma boîte mail la prière hebdomadaire de Devenir Un en Christ, et par le choix fait par Bruno, un texte de Maurice Zundel sur l'Eucharistie. J'apprécie beaucoup Maurice Zundel. C'est un auteur dont j'ai entendu parlé pour la première fois à Aix-en-Provence il y a une quinzaine d'années. Depuis j'ai lu et relu ses livres. Paul VI voyait en lui un ami et un grand homme et il lui avait demandé de prêcher une retraite de carême pour la Curie. Mais c'était aussi un homme qui dérangeait par sa manière neuve de dire certaines choses, et son évêque suisse ne l'avait d'ailleurs pas supporté quelque temps auparavant.
Le texte choisi par Bruno m'a tout d'abord choqué, ensuite interpellé. Au début je me suis dit que je n'étais pas d'accord avec ce qu'il disait. Le voici :
L'Eucharistie, c'est peut-être là que les chrétiens se sont le plus profondément mépris, là qu'ils ont cédé à la tentation si naturelle de mettre le sacré en dehors d'eux-mêmes, de rebâtir un temple de pierres, de reconstruire un tabernacle de métal précieux et d'y enfermer Dieu comme un objet en s'inclinant devant cet objet devenu extérieur à eux-mêmes, en fermant la porte avec des grilles d'or et en retournant à leurs affaires en laissant la sainteté enfermée dans le Temple !Oh, que cette tentation est grave et comme nous y avons tous succombé ! Nous n'avons pas vu que nous tournions le dos à l'Evangile et que ce n'était pas du tout cela que Jésus a voulu.
L'Eucharistie, ah oui ! Ce n'est pas la conservation magique d'une présence matérialisée, c'est l'offrande infiniment réelle d'une Présence universelle et qu'on ne peut joindre qu'en nous faisant nous mêmes universels : aussi l'Eucharistie, qui rassemble toute l'Eglise, l'Eucharistie qui est le lieu éminent de la Charité, est-elle une exigence formidable.
Car l'Eucharistie suppose que nous soyons prêts à tous les dépouillements, à toutes les humilités, à tous les pardons qu'entraîne notre rencontre avec l'Homme-Dieu.
Nous sommes donc souvent devant un Dieu qui est un décret-loi : la croyance est un décret-loi, les sacrements sont une magie qu'il faut observer pour être ne règle... et la morale elle-même, c'est encore une magie : il faut passer par une formule...
N'avons-nous pas omis l'essentiel, à savoir que Dieu est amour et que l'Amour n'a de prise que sur l'amour ?
Il nous faut donc resituer l'Eucharistie... dans la perspective évangélique qui s'impose à nous dans les derniers entretiens du Seigneur avec ses disciples.
La dernière consigne qui retentit en toute les pages du récit johannique, c'est que "vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés" et cette consigne est aussi le critère qui fait reconnaître les disciples de Jésus...
ArcabasEt pour donner une leçon de choses à ses disciples, Jésus leur lave les pieds, "voilà ce que c'est que d'aimer son prochain : ce que j'ai fait, c'est afin que vous le fassiez vous-mêmes les uns aux autres". Aussi curieux que cela paraisse, l'Eucharistie semble avoir disparu, elle n'est même pas nommée en cet endroit : pourquoi ? Parce qu'elle est implicitement contenue dans ce lavement des pieds. Elle est implicitement contenue et dans le lavement des pieds et dans la consigne du Seigneur : "Aimez-vous les uns les autres", parce que c'est exactement la même chose.
Maurice Zundel.
Ce soir j'ai voulu partager ce texte avec l'ami qui m'accompagnait à la procession. Et j'ajoutais ce commentaire :
"Après coup je me suis dit que la Présence Réelle devait effectivement être honorée et aimée, mais que cette Présence est une présence toute simple à nos côtés. C'est la présence non pas tant d'un Souverain, que celle d'un compagnon de route comme à Emmaüs, d'un Serviteur comme au lavement des pieds, d'un Roi sans doute, mais monté sur un ânon. Jésus a toujours refusé les honneurs dus à un Souverain. A mon avis, aujourd'hui, s'il faut de la dignité, quelque chose de beau, il doit préférer la simplicité encore et toujours. L'aurions-nous reconnu sur les chemins il y a deux mille ans ? Se promenait-il avec son auréole sous le bras ? Une seule chose devait le rendre visible : la qualité de sa présence, la qualité de son regard amoureux sur les hommes et les femmes qu'il croisait, la qualité de ses gestes de compassion et d'amour. A mon avis, quand il est au milieu de nous aujourd'hui, il doit avoir cette même simplicité et cette même présence".
Dieu a tant aimé le monde
L'Evangile de ce dimanche de la Sainte-Trinité nous donnera à méditer une parole très belle, ce qui habite le coeur de Dieu, son projet, qui n'est pas de condamner le monde, mais de le sauver.
Car Dieu a tant aimé le monde
qu'il a donné son Fils unique,
afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
mais ait la vie éternelle.
Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde
pour juger le monde,
mais pour que le monde soit sauvé par lui.
Jean 3, 16-17.
C'est d'un Dieu de vie dont nous sommes les témoins, dont nous faisons la rencontre et qui vient transformer nos coeurs. Qui aurait pu imaginer que Dieu donnerait son Fils Unique pour nous sauver ? Qui aurait pu prévoir que Dieu nous aime à ce point ? Qui aurait pu imaginer que le Coeur de Dieu avait un faible pour les pécheurs que nous sommes ?
C'est bien ce que nous proclamons : ce que le coeur de l'homme n'avait pas imaginé, ce qui avait été préparé pour ceux qui aiment Dieu (1 Co 2).
Quelle crainte de Dieu pourrions-nous donc encore garder si Dieu nous a manifesté son amour à ce point ? Ouvrons nos coeurs, c'est quelqu'un qui nous aime qui veut entrer. Ouvrons nos vies, c'est quelqu'un qui veut notre vie et non notre mort qui désire entrer. Ouvrons notre affectivité, notre sexualité, nos désirs, ce n'est pas un juge mais un Sauveur qui vient.
Le temps de l'Esprit et de l'Eglise
Voici le temps ordinaire. Nous étions si bien dans ces jours de Pâques que nous aurions aimé y camper un peu plus longtemps. Mais voilà que dimanche l'Esprit, violent coup de vent, a ouvert les portes de notre cénacle et appelé à partir en mission pour annoncer la Bonne Nouvelle et faire des disciples. Ce temps ordinaire, loin d'être banal, est le temps de l'Esprit, le temps de la grâce, le temps de l'Eglise aussi qui élargit sa tente devant les enfants que l'Esprit lui donne.

Hier, nous fêtions Matthias, l'homme associé au collège des apôtres pour remplacer Judas. La lecture des vêpres nous offrait une belle image de cette Eglise, structurée pour avancer, pour que se construise le corps du Christ. L'Eglise serait-elle un don de Dieu ?
Les dons que le Christ a fait aux hommes, ce sont d'abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Evangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, le peuple saint est organisé pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ. Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et à la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ.
Ephésiens 4, 11-13.
Le merle et l'hirondelle
Il est une abbaye dans le sud de la France où chaque année des hirondelles viennent nicher au dessus de la porte du cloître, sur l'un des bras de la croix qui orne le mur. Et je soupçonne Mère Abbesse d'être l'alliée de ces oiseaux que personne ne déloge. Car curieusement ces hirondelles ont choisi une abbaye bénédictine dont elles semblent porter l'habit.
Quand je retrouve ce nid, j'entends le psaume qui chante "L'hirondelle elle-même c'est trouvée un nid pour sa couvée" (Psaume 84).
J'ai repensé à ces hirondelles dimanche dernier. Je me trouvais dans une abbaye et me promenais dans le jardin intérieur lorsqu'un merle a attiré mon regard. Il cherchait pitance, et ma présence ne semblait l'effrayer en rien. J'ai alors découvert un beau nid sur la gouttière du cloître, un nid rempli d'oisillons bien sages. Voilà donc ce qui poussait ce merle à s'activer à la recherche de vers. Je contemplais longuement cette merveille de la nature. Et le psaume naturellement est revenu.
J'ai demandé une chose au Seigneur
Dimanche, mais aussi durant cette semaine, les psaumes parlent d'une maison.
J'ai demandé une chose au Seigneur,
la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur
tous les jours de ma vie.Psaume 26
Pour ceux que Dieu appelle à la vie religieuse, ce psaume a un goût particulier, une saveur. En leurs bouches la demande d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de la vie prend un sens précis : c'est la seule chose qu'ils désirent, tous les jours de leur vie. Ils veulent être des chercheurs de Dieu pour le monde, de ceux qui contemplent sa Face, des guetteurs, des veilleurs, ses intimes aussi.
Je ne sais pour quelle raison, la traduction liturgique oublie un bout : "savourer la douceur du Seigneur, rechercher son palais". Pourtant quel beau morceau manquant !
Il me semble que la maison c'est aussi cette Jérusalem céleste qui descend du ciel, dont les douze portes sont ouvertes pour l'humanité, où chacun peut trouver la demeure que Dieu lui a préparée et où Dieu sera tout en tous. Voilà notre avenir, notre espérance.
Dieu donne à l'isolé le séjour d'une maison, il ouvre aux captifs la porte du bonheur.
Psaume 68, 7
La maison, c'est aussi l'Eglise. C'est une maison où nous ne sommes pas seuls, où le reste de la famille habite aussi. Il y a le père, la mère, le frère ou la soeur, la belle-mère et le cousin. Vivre ensemble en Eglise n'est pas une mince affaire ! Certains jours il serait plus facile de vivre seul et de faire comme nous le voulons, de vivre Dieu à notre mesure. Pourtant voilà la famille où Dieu nous place.
Ta famille trouva un séjour, celui-là qu'en ta bonté, ô Dieu, tu préparais au pauvre.
Psaume 68, 10
Ensuite, la maison c'est aussi celle de notre coeur. Ce coeur à la porte duquel Dieu frappe, ce coeur où il veut entrer pour manger avec nous, partager le quotidien, demeurer en nous. Et bien souvent nous vivons à la périphérie de notre coeur, nous ne l'habitons pas vraiment. Nous sommes distraits par mille et unes choses, nous croyons devoir trouver Dieu au loin, alors qu'il est là, tout proche, Dieu-avec-nous, Dieu-en-nous.
Liturgie providentielle
La liturgie a souvent quelque chose de très providentiel. Je suis quelqu'un d'un tempérament trop inquiet, et un évènement lundi soir avait encore réussi à semer en moi le trouble de l'anxiété. La nuit avait été éprouvante et la journée de mardi avait été très difficile à vivre.
Mais voilà que mardi soir, priant les vêpres, le répond de la lecture me saute aux yeux :
Jésus dit aux disciples : La paix soit avec vous !
Alléluia, alléluia.
Avance ton doigt, mets ta main dans mon côté.
Alléluia, alléluia.
Voilà que tout d'un coup je perçois une autre compréhension de l'apparition de Jésus à Thomas. Jésus vient rassurer, en offrant sa paix et en proposant aussi à Thomas de toucher le concret de son amour pour lui, et de s'appuyer dessus.
Que puis-je encore craindre lorsque je m'entends dire : "Paix à toi !" ?
Comment puis-je encore douter lorsque je suis invité : "Avance ton doigt, mets ta main dans mon côté" ?
C'est Jésus qui me dit : Dans ce que tu vis ma bénédiction et ma paix t'accompagnent. Prends appui sur mon amour pour toi, qui est réel et concret. Ne crains pas. Cet amour pour toi rien ne pourra le balayer. Il est le fondement de ta vie, ce sur quoi tu peux construire, ce sur quoi tu peux t'appuyer solidement quand le temps n'est pas au beau fixe.
D'autres textes sont venus m'apaiser. Notamment ce jeudi matin avec la phrase de la première lecture : "Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité" (Actes 1, 7). C'est bien de le réentendre quand on est un peu pressé de voir les choses se réaliser, s'accomplir.
Ou mercredi soir lorsque le texte de Paul aux Ephésiens rappelait l'importance de la fidélité à l'appel reçu de Dieu. Cela fait du bien de le réentendre quand le découragement nous tenaille, nous fait douter de tout et dire "A quoi bon ?"
La liturgie est ainsi pour moi une table où je trouve toujours une nourriture abondante, savoureuse, perspicace, adaptée, et providentielle.
Le bonheur en Dieu
Un livre s'appelle "Le bonheur en Dieu". Ecrit par le Père Abbé de la Trappe il y a quelques années, il raconte la vocation d'un religieux. Qui sont ces gens qui ont pour vocation de trouver leur bonheur en Dieu ?
Mathieu nous parle de son cheminement vers la vie amoureuse. D'autres cheminent vers un don total de leur personne au Christ et au service de l'Eglise. Cela peut apparaître, dans une lecture trop rapide, contradictoire. Comment certains d'entre-nous peuvent-ils faire le choix de donner toute leur vie au Christ, sans prendre compagne ou compagnon ? Ne devrait-on pas tous aimer Dieu en prenant une compagne ou un compagnon ?
Dans l'Eglise il n'y a pas un seul modèle à suivre, un moule dans lequel il nous faudrait tous entrer. Les vocations ne s'opposent pas, elles s'enrichissent mutuellement, elles se nourrissent l'une de l'autre, s'appuient l'une sur l'autre, s'épanouissent l'une avec l'autre. Ils ne sont pas une élite dans l'Eglise. L'Eglise est communion.
Les religieux sont des signes visibles d'un amour qui est premier : l'Amour de Dieu. Ils manifestent que ce Dieu qui nous a aimé le premier, peut combler le coeur de l'homme, les désirs qui habitent ce coeur, quels que soient ces désirs.
Ils se mettent à la suite du Christ, sous l'action de l'Esprit, cet Esprit qui accompagne l'Eglise dans son cheminement vers le Royaume. Ils vivent comme le Christ, pauvres, obéissants et chastes (du moins ce sont les voeux auxquels ils s'engagent de convertir leur vie jour après jour).
Par la vie en communauté, ils montrent que l'amour est possible au-delà des différences, des points de vues, des opinions, des crispations. Ils essaient de vivre dans la vie fraternelle cet amour qui est le propre des disciples, ce par quoi les disciples du Christ seront reconnus. A l'Eglise ils rappellent que ses membres doivent tendre à l'amour les uns des autres. Ils sont un principe d'unité dans l'Eglise et entre les Eglises. Au monde ils rappellent que tous les hommes sont frères.
Ils sont "eunuques pour le Royaume" (Mt 19, 12), les signes que l'Epoux peut venir à tout moment, comme un voleur.
Quand je te vois je vois le Père
Qui croit en moi,
ce n'est pas en moi qu'il croit,
mais en celui qui m'a envoyé,
et qui me voit
voit celui qui m'a envoyé. (Jean 12, 44-45).
Quelle humilité dans la bouche du Fils de Dieu ! Sommes-nous aussi humbles que lui ? Il ne se met pas en avant, il se veut transparent au Père.
Une peinture d'Arcabas représente un ange vu de dos qui porte un message à la main. Le peintre nous offre ainsi le point de vue de Dieu et nous fait prendre conscience que l'ange est un envoyé. L'ange n'est ni l'auteur du message, ni le message lui-même. Il est seulement celui qui transmet le message.
Mais l'apparition de l'ange fait écran. Beaucoup ne s'arrêtent qu'au messager car un ange c'est spectaculaire.
Les prophètes sont eux aussi porteurs de la Parole de Dieu. Et bien souvent les foules se sont arrêtées au prophète. Pour qui se prend-il ? Quel est celui-ci qui se permet de nous adresser une parole au nom de Dieu ?
Jésus est le Verbe même de Dieu, sa Parole. Il est non seulement le messager, mais le message. Mais là encore les foules s'arrêtent à ce qui est visible : n'est-il pas le fils de Joseph le charpentier ? N'est-il pas un guérisseur ? Mais le Messie de Dieu c'est difficile à croire...
Lorsque nous nous regardons les uns les autres, à quoi notre regard s'attarde-t-il spontanément ? Est-ce à l'invisible présence dans le coeur de l'homme ? Est-ce au message dont nous essayons d'être les témoins même si c'est en bégayant ? Est-ce au contenu précieux des vases d'argiles que nous sommes ?
Lorsque nous regardons l'Eglise, ou l'un de nos frères, ou encore quand nous lisons l'Ecriture Sainte : nous pouvons nous laisser impressionner par le contenu ou par la tête du messager, par la forme qu'il donne au message qu'il doit transmettre, par la déformation qu'il lui fait subir peut-être. Sommes-nous capables de poser un regard de Foi, un regard qui voit plus loin, plus en profondeur, qui scrute la présence de Dieu en tout cela ? Qu'est-ce qui est le plus important ?
En vérité, en vérité, je vous le dis,
le serviteur n'est pas plus grand que son maître,
ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé (Jean 13, 16).





















